La rencontre de ce mardi 22 septembre 2026 au siège de la Haute Autorité de Régulation de la Communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC) à Lomé, avec les créateurs de contenus, blogueurs, influenceurs, TikTokeurs et YouTubeurs, intervient à un moment où les frontières entre communication, création de contenus et information deviennent de plus en plus mouvantes.
Annoncée par la HARC autour des enjeux liés aux réseaux sociaux et aux plateformes numériques, cette initiative traduit une réalité désormais difficile à ignorer : les habitudes du public togolais changent et les acteurs de l’information doivent, eux aussi, évoluer.
Pendant longtemps, le journal était le principal moyen de s’informer sur l’actualité. Aujourd’hui, un événement peut être filmé avec un téléphone, monté en quelques minutes et partagé à des milliers de personnes sur TikTok, Facebook, YouTube ou d’autres plateformes. Le créateur de contenus est ainsi devenu un acteur important de l’écosystème numérique. Cette évolution explique aussi pourquoi les entreprises et les marques se tournent davantage vers ces profils pour leurs campagnes de communication et de publicité.
Pour autant, cette nouvelle réalité ne signifie pas nécessairement la disparition du journalisme. Elle oblige plutôt le secteur à revoir ses méthodes. Au Togo, les médias doivent désormais apprendre à travailler avec les nouveaux formats, produire davantage de contenus vidéo, exploiter les réseaux sociaux, utiliser les outils d’intelligence artificielle avec discernement et surtout comprendre les nouvelles habitudes de consommation de l’information. La HARC elle-même présente l’innovation et la modernisation comme des axes liés à l’évolution de la communication numérique.
Le véritable défi se situe donc moins dans la concurrence entre journalistes et créateurs de contenus que dans la capacité des médias à rester pertinents. Un créateur peut attirer rapidement une communauté grâce à son style et à sa proximité avec son public. Le journaliste, lui, conserve des exigences particulières : vérifier les faits, rechercher les sources, donner le contexte, recueillir les différentes versions d’une affaire et respecter les règles professionnelles.
Dans un environnement où la vitesse de publication est devenue déterminante, ces principes restent essentiels pour distinguer une information journalistique d’un simple contenu publié sur internet.
Cette transformation pose également la question du modèle économique de la presse togolaise. Alors que certains créateurs parviennent à monétiser leur audience ou à obtenir des contrats publicitaires, plusieurs médias traditionnels et en ligne doivent composer avec des ressources limitées. La HARC continue d’ailleurs d’encadrer différents types de médias, notamment la presse en ligne et les Web TV, ce qui montre l’élargissement progressif de l’écosystème médiatique.
La rencontre du 22 septembre doit donc être considérée comme un signal supplémentaire d’une mutation déjà engagée. Le journalisme togolais n’a pas vocation à disparaître, mais il ne peut plus rester figé dans les pratiques d’hier. Les médias doivent investir dans la formation, les outils numériques, la vidéo, les réseaux sociaux et de nouvelles formes de narration, sans abandonner leur responsabilité première : produire une information fiable.
À l’ère de TikTok, de YouTube et de l’intelligence artificielle, la question n’est plus de savoir si le numérique va transformer le journalisme, mais comment les professionnels togolais vont réussir à accompagner cette transformation.











